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Album 'De là-bas' 2011

Textes et musiques: Michel Borla sauf  #3 et #11 textes de Claire Legendre

 

 

01    Demain

 

Demain, demain je reviens

Demain je reviens sans rien

Au bout de la mer il n’y a rien

Rien qui vaille le chemin

Rien que je retiens

 

Les vallées j’en reviens

Des mois de pluie noire pour rien

Des fous qui s’en prennent aux chiens

Je reviens de loin

 

J’ai laissé filer vos mains

Ils m’ont dit tu n’aimes rien

 

J’aime le matin

J’aime ce qui revient

 

 

Demain, demain je reviens

Demain je reviens sans rien

Dans le ciel il n’y a rien

Rien qui puisse calmer les humains

Ici on s’égorge pour rien

 

Dans nos têtes il n’y a rien

Des villes des horaires de train

Dans nos têtes il n’y a rien

Rien pour demain

 

 

J’ai laissé filer vos mains

Ils m’ont dit tu n’aimes rien

 

J’aime le matin

J’aime quand tu reviens

 

J’aime ce qui nous tient

J’aime  qu’entre nous il n’y ait rien

 

Plus rien ne me retient

 

 

 

02    De là-bas

 

Le soleil se lève à peine il fait déjà chaud

Derrière mes paupières je sais qu’il fait beau

Si  j’attends encore un peu tu viendras me chercher

Je sais que tu sais que je fais exprès

 

Qu’il est long ce chemin qui monte vers la croix

Je vais lentement mais tu restes avec moi

 Et quand la nuit descend j’ai la gorge nouée

Tu m’emmènes écouter la campagne apaisée

 

J ‘ai assez  d’images pour tenir jusqu’au bout de la vie

J’ai mis mes souvenirs à l’abri

Assis sous le chêne en été

On était bien sans parler

 

Qu’est ce que tu vois, qu’est ce que tu vois de là bas ?

Qu’est ce que tu crois, je pense encore à toi

 

 

De ma vie d’enfant il me reste la chaleur du vent

Un bouquet de fleurs bleues ramassées dans un pré

Le parfum du tilleul étalé dans la salle à manger

Un oiseau de nuit qui m’aide à rêver

 

J ‘ai assez  d’images pour tenir jusqu’au bout de la vie

J’ai mis mes souvenirs à l’abri

Assis sous le chêne en été

On était bien sans parler

 

Qu’est ce que tu vois, qu’est ce que tu vois de là bas ?

Qu’est ce que tu crois tu es toujours avec moi

 

Le soleil se lève à peine il fait déjà chaud

Je reviens compter les cailloux du ruisseau

Il n’est pas bien long le chemin qui monte vers la croix

Je sais plus très bien ce que je fais là

 

Qu’est ce que tu vois de là bas ?

Qu’est ce que tu crois, je pense encore à toi

 

 

 

03    Mon Amante

 

Mon amante d’infortune

M’enseigna un soir l’amertume

Et les regrets.

Mon amante dissonante

Avait la figure brûlante

Quand je l’aimais.

 

Mon amante lancinante

Au bout d’une heure violente

Devenait.

Mon amante frémissante

Craignait que mes mains soient lentes

Me pressait.

 

Mon amante de coutume

Vient me rejoindre au clair de lune

Et nous marchons

Mon amante débordante

D’attentions pour moi si plaisantes

Ne plaisante pas

 

Mon amante désarmante

Craint sans cesse que je lui mente

Je mens pas

Mon amante insolente

Avec ses seins, ses bras, me hante

Se moque de moi

 

Mon amante m’importune

Ce soir elle n’est pas opportune

Je la chasserai.

 

Claire legendre

 

 

 

 

04    Amours amères

 

J’ai largué les amours amères

Les potions dures à avaler

Marre de me retrouver à terre

Fatigué de me relever

 

Tout au fond des amours amères

On a du mal à respirer

Y a pt’ être quelque chose à défaire

y a pt’ être un truc à dévisser

 

J’ai plus le temps de faire la guerre

Plus le temps de parlementer

Plus envie de paroles en l’air

J’ai des chansons à terminer

 

J’ai largué les amours amères

Les potions dures à avaler

Marre de me retrouver à terre

Fatigué de me relever

 

J’ai plus de goût pour le mystère

Plus envie de me déguiser

Perdu mon âme de faussaire

Les faux papiers c’est terminé

 

J’ai tout mon temps maintenant

Je peux marcher à découvert

Me laisser porter par le vent

Peut-être aller en Angleterre

 

Sur le quai  des amours amères

Pas grand chose à récupérer

Nos corps rongés par la colère

Tu n’as qu’à prendre ce qui te plait

 

 

 

05    Jenny

 

Dans la boue des champs électriques

Nos héros vidaient leurs ego

Au milieu des sacs en plastique

Ils fabriquaient nos idéaux 

Et nous tous debout sur un fil

On tenait bien en équilibre

 

 

Bercées de guitares électriques

Nos vies avaient envie de tout

En avant pour le one way trip

Des cigales chantaient dans ton cou

Et nous tous debout sur un fil

On tient à peine en équilibre

 

Jenny, je m’ennuie

Les pages tournent toutes seules dans mon lit

Jenny, je t’oublie

J’t’ai laissée dans les seventies

 

 

Jenny j’sais pas si on t’a dit

Des cheveux j’en ai plus beaucoup

Nos idées ont coulé à pic

Ils étaient bien plus forts que nous

Et nous tous debout sur un fil

On perd un à un l’équilibre

 

Jenny, je rougis

Si tu savais ce que j’ai dit

Jenny, je m’enfuis

J’veux pas qu’tu voies que j’ai grandi

 

 

Jenny, je m’ennuie

Les pages tournent toutes seules dans mon lit

Jenny, je t’oublie

J’t’ai laissée dans les seventies

 

 

 

06    Les Nuits blanches

 

Dans la lumière jaune où je voulais que tu dormes où je voulais t’observer

Tu finis par trouver ce sommeil qui délivre des amours mort nées

Même si j’ai payé pour ne pas être aimé, pour la peur de mourir

Certains soirs on s’approche presqu’à se toucher

 

 

C’est comme si l’été  n’avait pas existé

Tout ce que j’ai jeté la mer l’a ramené

Les nuits blanches à pleurer, les matins abîmés

 

 

Dans la pièce vide où je voulais comprendre où tu voulais me tuer

L’odeur que tu laisses, nos amours perdues pour seule fidélité

Nos corps désertés, portés vers la lumière d’une quelconque  issue

A travers la soie noire j’ai embrassé tes yeux

 

 

C’est comme si l’été  n’voulait pas s’en aller

Tout ce que j’ai jeté la mer l’a ramené

Les nuits blanches à pleurer, les matins abîmés

 

 

Un jour on s’verra plus, la maison s’ra vendue, je n’aurai pas d’enfant

Restera l’ignorance, aucune connaissance, des heures sans substance

Je veux être étranger, les histoires que j’invente et celles qui sont vraies

Le souvenir du désir dont nous n’avons rien fait

 

 

 

07       EN ATTENDANT

 

En attendant, je descends

Je sors profiter du beau temps

 

Je fais l’impasse sur tes serments

Je passe l’éponge sur tes amants

 

Je passe au crible l’appartement

je récupère tous les fragments

Je mets les gants

Je mens

Je sais tout ça manque de cran

Mais j’apprends

A mes dépends

 

En attendant, pour l’instant

Le soleil rassure les passants

 

Un dimanche un peu décevant

Je suis rentré finalement…

 

Je fais l’impasse sur tes amants

Je jette l ‘éponge sur tes serments

J’ai mis le temps

... je comprends

J’ai toujours été un peu lent

Même enfant

Je serre les dents

 

En attendant, je m’étends

La nuit s’installe pour longtemps

 

 

 

08    Pour les îles

 

C’est vrai j’étais au bout, au bord du trou

Un petit  bout de fil

Et notre amour au bout

 

J’étais d’accord pour l’exil,  pour éviter le pire

D’accord pour les îles

J’étais d’accord pour tout

 

D’accord pour briser le silence

Mettre un terme à l’indifférence

 

Here’s a cloudy day to help you

No brazen sun no sun no sun

A cloudy day to help you

The weather’s changed without you

 

Dans ces fêtes imbéciles où rode la magie

Mon corps se vide,

Le tien se délie

 

Qui est noir, qui est blanc ? Qui essuie mon front maintenant ?

Est-ce le jour

Ou bien la nuit ?

 

Ici le soleil ne sert à rien

Un peu de rhum me fait du bien

 

Here’s a cloudy day to help you

No brazen sun no sun no sun

A cloudy day to help you

The weather’s changed without you

 

Tu es le silence tu es l’indifférence

Un fantôme pris dans le jour gris

 

Here’s a cloudy day to help you

No brazen sun no sun no sun

 A cloudy day to help you

The weather’s changed without you

 

 

 

09    Le rouge aux joues

 

Dis-moi ça fait combien de temps que tu vis dans le flux ?
Que tu navigues à vue sans regarder en arrière
Dis-moi ça fait combien de temps que tu n’as plus rien lu ?
Du moins rien qui ait pu te mettre la puce à l’oreille

Plutôt que le rouge aux joues
Plutôt que la colère
Plutôt que de vivre avec vous
Plutôt que de me perdre
Je vous laisse entre vous

C’est une plaine immense
Ici on m’oubliera
C’est une plaine immense
J’espère que tu aimeras

 

Dans le fleuve d’amnésie, dans ce flot sans matière
Tu te noies de présent sans demain, sans hier
Dans le vide numérique les amis prolifèrent
Es-tu sûr de vouloir supprimer Marie-Claire ?

Plutôt que le rouge aux joues
Plutôt que la colère
Plutôt que de vivre avec vous
Plutôt que de me perdre
Je vous laisse entre vous

C’est une plaine immense
Ici on m’oubliera
C’est une plaine immense
Aussi loin que je vois
C’est une plaine immense
Ici ils ne viendront pas
C’est une plaine immense
J’espère que tu aimeras

 

10    Galaxies

 

Et l’air qui se jouait de nous

Aura-t-il aussi balayé

Les fleurs lassées des rendez vous

Dans les allées des parcs fermés ?

 

Que savaient-ils vraiment de nous

Les anges noyés dans la baie ?

Peut-être ont-ils appris de vous

Comment nous passions nos journées

 

Le nez en l’air j’habite au ciel maintenant

Je ne descends plus très souvent

Encore au lit à cette heure-ci  l’après midi

J’écris deux lignes quand j’ai envie

 

Et tous ces fils que tu tissais

Qui devaient mener jusqu’à toi

Juste m’aider à traverser

Et moi qui ne les voyais pas

 

Que voulaient-ils vraiment de nous

Les anges noyés dans la baie ?

Etaient-ils devenus jaloux

Ou simplement désespérés ?

 

Le nez en l’air j’habite au ciel maintenant

Je ne descends plus très souvent

Encore au lit à cette heure-ci  l’après midi

J’écris deux lignes quand je m’ennuie

 

Le soir je sors me réchauffer dans le couchant

Je pense à toi juste un moment

Et tant pis si la nuit me poursuit jusqu’ici

Ça fait rêver ces galaxies

 

 

11    Le vin mauve

 

Je me suis allongé un soir

Pas voulu m’encombrer d’un au revoir.

Qu’ils sont agréables mes brouillards

Quand tu t’approches, les yeux noirs.

 

Je m’allonge et je plonge

Les mains la bouche dans le vin mauve

Je m’isole et je longe

Tes cheveux ton cou guimauve.

 

 

Je me suis étendu buvard

Tu arpentais mes longs couloirs

Tu guettais je sais dans le miroir

L’image oblongue de ton visage

 

Tu allongeais tes avantages.

Je découvrais dans ton alcôve

L’usage érudit du vin mauve.

Ta gorge étroite ton âme sauve

M’étreignent me prolongent

M’assomment m’environnent

M’assoupissent m’empoisonnent

M’étourdissent me raisonnent.

C’est le vin mauve

Me grise, me dispose,

Je t’arrose, je m’impose

Jusqu’à... j’implose

Finalement j’ose.

 

 

                                                                                       Claire Legendre

 

© 2011 Michel Borla